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Une vie décidément infraordinaire

parce que ce n'était pas un vrai viol. Après tout il n'y avait eu que des attouchements, lui nu à côté de moi, moi mortifiée, me demandant comme m'en sortir, focalisée sur la porte. Je me suis ruée dehors dès que j'ai pu.

Il ne s'est pas montré violent pour me retenir, juste dans la façon dont il s'est imposé à moi. Il était entré à l'aide de son passe dans cette pièce que j'avais fermée à clé. Il est arrivé par derrière et m'a attrapée. En me maintenant, il m'a ôté mon soutien-gorge et m'a caressée. J'avais les yeux rivés sur la porte. Dès qu'il a desséré son etreinte, il voulait venir de l'autre côté, je me suis sauvée. Je me suis sauvée.

J'ai eu très très peur, de ce qu'il allait faire, de ce qu'il pourrait faire, de ce qu'il aurait pu faire.

Je ne suis jamais retournée dans cette salle de sport où il exerçait.

J'ai mille fois repassé l'histoire dans ma tête. Rien ne pouvait laisser croire que j'étais consentante. Avais-je suffisemment dit non ? Finalement, ne suis-je pas pour partie responsable de ce qui m'arrive ? Je n'avais même pas crié.

 

Il m'a fallu des années pour en parler. J'ai fini par aller au commissariat, où je n'ai pas porté plainte, mais où j'ai déposé une main courante parce que je voulais que ce sale type ait suffisemment la trouille pour ne jamais recommencer. 

 

Il m'a fallu encore des années pour en parler sans pleurer. 

En trente ans, j'ai subi trois agressions sexuelles assez graves pour qu'elles me fassent encore parfois frémir aujourd'hui. Des dizaines d'autres, verbales essentiellement, jusqu'à une main contre mes fesses ou mon sexe dans les transports en commun.

Aujourd'hui je n'ai plus peur, ni de ne pas être crue, ni qu'on dise que ça n'est finalement pas si grave. Aujourd'hui, je sais que mon corps m'appartient et que nul n'a le droit d'y toucher sans mon consentement. Aujourd'hui, je sais que s'entendre dire "je vais bouffer ta chatte sale pute" par un inconnu dans la rue est aussi une forme d'agression. 

Je dis souvent que je ne suis pas féministe. Mais à force, je vais bien finir par le devenir.

 

Cet article m'a été bien sûr été inspiré par la campagne Twitter #jenaipasportéplainte.

 

Published by Chipolata - - Confessions intimes

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Une vie encore, toujours plus et décidément infraordinaire

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