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Une vie décidément infraordinaire

C’est très très mauvais de regarder des vieilles photos de vacances. On n’a qu’une seule envie : repartir. En palace ou sac au dos, avec quand même une préférence pour le sac à dos.

J’ai tant aimé ce voyage en Amérique du Sud, parce que ce que j’y ai vu était incroyablement beau. Et parce que, moi l’occidentale urbaine et pantouflarde, je m’y suis dépassée.

Vaincre ma peur de l’avion pour y passer quatorze heures, seule. Retrouver sur place mon frère et se serrer fort dans les bras, parce qu’on ne s’est pas vus depuis des mois et des mois. Tester le coucou qui vibre et vous secoue dans tous les sens à tel point que vous pensez être embarqué pour votre dernier voyage.

Arriver au milieu du désert. Découvrir une petite ville qui ressemble à ces films de cowboys, avec des rues non pavées, des buissons qui volent au vent, un air chargé de sable et de poussière, des chiens partout.

Loger dans une auberge espagnole avec d’autres mochilleros (le routard avec son sac à dos), prendre des douches froides, parce qu’il n’y a pas d’eau chaude, et être content d’avoir un peu d’eau quand même, parce qu’on est dans le désert, comme vous le rappellent tous les panneaux qui vous incitent à être vigilant sur votre consommation et vous interdisent de faire des lessives.

Accepter d’aller faire ce trek qui est si dur, surtout en hiver. Sans mon frère, je n’aurais jamais osé.

Avoir chaud la journée, et très froid la nuit. Monter en altitude. Avoir très très froid la journée, et épouvantablement la nuit. Apprendre à dormir chaudement habillé, apprendre à s’habiller encore plus chaudement contre la température glaciale et le vent qui souffle à 6.000 mètres d’altitude.

Dormir dans un refuge non chauffé, imaginer qu’on va se faire amputer des orteils au réveil à tel point on est frigorifié (et pendant plusieurs heures, mes pensées sont restées bloquées sur des questions existentielles telles que Merde du coup quelles pompes vais-je pouvoir mettre pour le mariage ? ou A chaque fois que j’irai me faire épiler on me prendra pour une freak).

Manger du chou, des carottes et des patates, et que ça pendant quatre jours. Ne pas se laver. Ne pas pouvoir tirer la chasse parce qu’il n’y a pas de chasse, ni d’eau. Accepter que tout ça n’est finalement pas bien grave.

S’embarquer dans une jeep avec quelques inconnus et un chauffeur en qui vous placez toute votre confiance. Quand la jeep va tomber en panne, la nuit, au milieu de nulle part, garder son sang-froid sans espérer qu’une autre voiture passe sur la route. D’ailleurs, il n’y a pas de route. Quand les phares de la voiture tombent en panne la nuit, garder son sang-froid en espérant qu’elle ne chute pas dans un fossé. Faire confiance au conducteur qui a tellement roulé sur ces plateaux qu’il y a tracé des pistes, et est capable de toute évidence de conduire les yeux fermés.

Tout partager avec les inconnus. Les appareils photo, les rations de nourriture, les couvertures. Ils sont Chiliens, on ne les reverra jamais, mais on ne les oubliera pas non plus.

En Bolivie, rester très silencieux pendant les contrôles de police, où ils ont quand même drôlement des tronches de militaires. Sortir au petit matin dans une ville ravagée, se faire attaquer par des chiens. Remercier le ciel d’avoir son frangin et ses grandes jambes avec soi.

Rester totalement coupé du monde pendant trois jours. Retrouver du réseau, échanger un texto avec l’être aimé, écraser une larme – et lui qui s’inquiétait.

Se sentir incroyablement faible et vivant au bord d’un précipice. Ne pas oublier sa bouteille dans la vallée de la Mort. Descendre une dune de sable en courant. Goûter le sel du sol. Toucher les épines d’un cactus. S’approcher silencieusement d’un oiseau, d’un flamant rose. Donner à manger à un renard. Contempler des geysers au lever du soleil. Flotter dans un trou d’eau incroyablement salé. Grimper au sommet d’une colline et être seul au monde.

Se remplir la tête de ces paysages incroyablement beaux… je ne veux plus voir que le monde entier.

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Published by Chipolata - - Voyage voyage

commentaires

marilou 22/03/2012 14:05

Il est magnifique cet article... je regrette qu'on ait pas plus discuté ensemble de ton voyage, ça a l'air trop cool

Chipolata 22/03/2012 17:01



J'évite les séances photos de voyage, pourtant j'aime bien celles des autres, mais je me dis que ça doit être barbant à force. Un peu comme les photos de mariage, quoi :)



Une vie décidément infraordinaire

Une vie encore, toujours plus et décidément infraordinaire

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